Retour sur les propos de Jean-Marc Jancovici

Update de ce post : cette vidéo re-circule actuellement de manière virale concernant une audition de Jean-Marc Jancovici devant le Sénat.

Cette vidéo n’est pas nouvelle: elle est issue d’une audition du 20 Mars 2012. Elle est disponible dans son intégralité ci dessous.

A 1h 10m 25 secondes vous trouverez l’extrait très souvent repris sur les réseaux sociaux. Voici la retranscription de ses propos concernant le photovoltaïque en France:

Alors une petite indication: si vous faites du panneau photovoltaïque produit en France, le coût à la tonne de CO2 évitée est de l’ordre de 10 000€. Vous avez payez 10 000€ d’argent public pour éviter 1 tonne de CO2.

Si vous faites des panneaux produits en Chine, il est négatif. Dis autrement vous subventionnez la hausse des émissions de CO2 parce que le temps de retour sur carbone d’un panneau fabriqué en Chine avec de l’électricité au charbon chinoise est de l’ordre de 30 ans; ce qui est supérieur à la durée de vie du panneau.

Jean Desessard (rapporteur): Vous pouvez reprendre ça, mmh…

Il faut de l’ordre de 30 ans… Vous allez fabriquer votre panneau en Chine avec de l’électricité à 8 ou 900 grammes de CO2 par kWh et en France vous allez déplacer de l’électricité de réseau française qui est en gros à 130 ou 140 grammes de CO2 par kWh.

Donc en gros pour 1 kWh d’électricité chinoise que vous utilisez pour fabriquer le panneau, il faut que vous en récupériez 6 à 8 une fois que le panneau est installé en France.

Il se trouve que la quantité de kWh nécessaire pour faire le panneau est de l’ordre de 3 ans de fonctionnement du panneau donc si vous devez récupérer, en l’occurrence c’est plutôt 8, 8 fois plus (euuuh) d’électricité en France que ce que vous avez consommez en Chine, ça veut dire que 3 fois 8 = 24, vous êtes à 25 et plus vous mettez le système autour vous êtes à 30.

Donc il faut 30 ans de fonctionnement d’un panneau fabriqué en Chine pour équilibrer son carbone de fabrication en évitant de Electricité française.

Donc quand on a subventionné l’installation du photovoltaïque en France, je reviens à mes critères essentiels, on a subventionné un déséquilibre commercial, pas d’emploi en France, et une hausse des émissions de CO2 donc on a tout faux.

Et un déséquilibre des finances publiques. Tout faux, sur toute la ligne. Et je suis écolo. Je suis soucieux de préserver un monde stable pour mes enfants. C’est ça pour moi la définition de l’écologie. C’est préserver un environnement stable dans lequel mes enfants pourront être, mener une vie à peu prés sympathique donc qui ait encore des ressources biologiques, qui ait un climat à peu prés stable, et qui ait encore des sources d’énergie qu’on puisse utiliser.

Pourquoi cet extrait plus particulièrement ressort? Si on n’écoute pas correctement on s’arrête à la conclusion de Jean-Marc Jancovici « On a tout faux ». En gros le photovoltaïque, c’est mal. Et ça surement que beaucoup souhaiteraient que ce soit le cas.

Mais qu’en est-il vraiment de ces propos: Jean-Marc Jancovici nous parle d’abord de subvention par l’état d’une filière délocalisée en Chine. En gros gaspiller de l’argent public pour acheter des panneaux chinois fabriqués avec du charbon est absurde. C’est aussi vrai pour toutes autres filières.

Par contre le propos sur la rentabilité carbone d’un panneau reste approximative. D’abord il hésite entre 3 ans et 8 ans pour ce qui est de la rentabilité énergétique… Et c’est loin d’être la même chose!

Qu’en est-il vraiment: Un panneau de 270Wc (Watt crête) va générer de 800 à 1400 kwh/an/kWc. La carte d’ensoleillement de la France est parfaitement connue.

Si on prend un exemple simple dans le sud-est de la France un panneau seul va produire 11 000 kWh (11MWh) en 30 ans.

C’est l’équivalent à:
22000 km avec un véhicule consommant 5l/100km
un fer à repasser de 3kW permanent pendant 153 jours
environ l’énergie qu’il faut pour chauffer un logement de 120m² sur un hiver complet

Un panneau est constitué:
– d’une armature aluminium
– d’une plaque en verre
– de cellules silicium
– de 2 câbles en cuivre
– de joints/colle et de plastique

Note: 80% du panneau peut donc être très facilement recyclé. Greenpeace nous donne même un taux supérieur à 95%.

Alors comment estimer le coût énergétique de fabrication? Si on prend la mécanique du panneau (partie non active) elles sont issues de filières très bien rodées et optimisées (aluminium et verre). C’est un peu plus délicat sur la production des cellules, mais en 2020, les filières tournent à plein régime.

De nombreux sites sérieux nous donne un bilan de seulement 1 an de production… Bien loin des chiffres proposés par Jean-Marc Jancovici.

Concernant la durée de vie, là aussi c’est sujet à débat: le panneau aura certes perdu du rendement mais sera il complètement hors service, ou non recyclable? Les constructeurs donnent une perte de 20 a 30% mais pas chute brutale…

Concernant le risque Jean-Marc Jancovici admet qu’on ne peut pas vivre dans un monde sans risque: entre une centrale nucléaire et un champ de panneaux solaires, quel est le plus risqué: à vous de voir!

Conclusion: cette vidéo de 2012 est souvent mal interprétée. Elle est souvent reprise comme raccourci photovoltaïque = on a tout faux.
Notons que depuis cette audition le prix de vente à EDF OA a bien diminuée, tout comme le coût énergétique de fabrication des panneaux et que le coût de recyclage des centrales nucléaires va surement faire exploser le bilan carbone du kWh électrique… Affaire à suivre!

3 réflexions sur « Retour sur les propos de Jean-Marc Jancovici »

  1. L’explication de Jean-Marc Jancovici a du sens mais effectivement les chiffres datent un peu et leurs sources ne sont pas mentionnées.
    Votre argumentation est intéressante mais vous n’avez pas répondu à votre propre question « comment estimer le coût énergétique de fabrication? », ce qui permettrait pourtant d’arriver à une conclusion sur le temps de retour sur carbone. Allez jusqu’au bout, citez des chiffres récents, avec leurs sources, et là vous aurez marqué un point !

    • Bonjour Vincent, merci de votre commentaire.

      Vous l’aurez compris, le but de cet article n’est pas de marquer des points pour ou contre Jean-Marc Jancovici. Je mettais juste en avant que ces propos datent de 2012 et qu’entre temps la situation a bien changé.
      La question sous entendue est de savoir pourquoi ressortir cet article si ce n’est de dénigrer une filière en pleine expansion, qui progresse et qui pour moi a du sens niveau écologique?
      A moi de vous poser quelques questions: les rendements des panneaux ne cessent de croitre justement grâce à leur utilisation et leur production, décalant à chaque fois leur impact carbone: on passe de 12% à plus de 24% pour le même coût carbone de fabrication. Aurait-il fallu abandonner ce développement comme sous entendu en 2012 alors que la perspective de 30% est à présent bien réelle?

      Pour votre info j’économise pour mon habitation chaque année 2000kWh de gaz naturel (200 mètre cube) grâce à mes panneaux pour produire mon eau chaude sanitaire: ça fait beaucoup de C02 économisé en 30 ans!

      Dans cet article j’essaie d’éclairer la problématique sous l’angle de l’énergie: on oublie ce qu’est 1kWh: c’est bien 1000W pendant 1 heure! C’est une quantité d’énergie importante. En septembre mon champ a produit 9kWh par jour, soit 1,5kWh par panneau en moyenne. C’est l’énergie qu’il faut pour faire fondre 1kg d’aluminium!! En une journée sur 1 panneau! Alors sur 1 an…

      Enfin plus on fabriquera de panneaux et plus la filière sera optimisée et plus la technologie évoluera. C’est comme la téléphonie mobile: cette filière a permis de créer des composants utilisés dans le médical (qui vous permettent de passer un scanner plus facilement qu’avant) dans le spatiale (pour l’étude justement de notre planète) etc etc…

      Vous l’aurez compris, c’est bien plus complexe qu’une simple règle de trois.

  2. Et merci pour la réponse !

    La production de votre installation n’est pas négligeable à l’échelle d’une habitation, vos chiffres le montrent. Et justement si on est frappé par la quantité d’énergie électrique produite, l’énergie (ou plutôt le CO2) nécessaire à la fabrication des panneaux, elle, est beaucoup moins connue. Et pourtant, c’est bien elle à mettre au numérateur pour calculer le temps de retour sur carbone et évaluer l’intérêt pour l’environnement.

    Selon vos derniers chiffres, le rendement des panneaux photovoltaïques produits sur les dernières années a doublé, depuis 2012 je suppose. Cela nous amènerait à de l’ordre de 15 ans (en référence aux 30 ans dans la vidéo). A condition que l’énergie nécessaire à la fabrication soit restée la même entre-temps. Autant elle a pu diminuer du fait de l’industrialisation, autant elle a pu augmenter du fait de nouvelles technologies.

    De nouveau : combien d’émissions de CO2 sont nécessaires à la production d’une unité de panneau ? Sans réponse à cette question, vous aurez beau citer les rendements croissants et les kWh produits, l’argument pour le photovoltaïque cachera toujours son coût environnemental de fabrication. Une fois la réponse connue, probablement révèlera-t-elle que le retour sur carbone est meilleur aujourd’hui qu’en 2012, et surtout de combien. Cette durée nous indiquera l’intérêt environnemental actuel du photovoltaïque et comment il se positionne dans la production électrique en France.

    D’accord pour dire que l’équation n’est pas simple, mais il faut au moins répondre à la question la plus essentielle.

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